Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/11/2010

La boucle, ou le parfum des oeufs à la neige

En mai mes pas me ramenaient là où j'ai vécu, là où j'ai achoppé, sous l'injonction joyeuse de l'institution qui me missionnait et l'ignorait en beauté. Inattendue retrouvaille du bourg de mes années d'écolière, tant d'angles insoupçonnés - superbe début d'été.

La route maigrelette, le dos rond de la colline, miroitement bleu du champ de blé, avoines échevelées, flaques carminées des coquelicots sous le vent léger. L'aspect si verdoyant de la courte montagne, de la vallée trop habitée, vues depuis là-haut. Les trajets lumineux entre les ondées, sous les cieux changeants comme s'ils étaient bretons.

Me sentir mûrir au rythme des blés, adorer prendre seule la route pour aller travailler, pour la première fois de ma vie réellement aimer conduire, et pouvoir profiter seule.

Le lièvre au talus, l'oiseau à la haie, l'orchis sauvage aux franges du goudron, et plus bas, au sineux de la route, les potagers ouvriers, simples opulences soignées à me faire frémir d'envie.

Saisir au bond l'occasion, apaiser les vieilles visions douloureuses, en accueillant le neuf et le fier d'aujourd'hui, et sans rechigner me sentir pour la première fois attendue et reconnue dans mon métier, que je commence à peine d'exercer, et ça fait du bien d'autant plus que cela vienne en ces lieux-là.

...

Souvenir d'une vieille amitié que j'espérais profonde et fidèle; balade solitaire dans l'attente indécise, aux portes de l'ami perdu. Myriade de libellules: éclairs bleu nuit - bleu roi - bleu lagon dans les flaques de lumière du sous-bois. Petite musique douce-amère des embrassades, du récit que l'on s'offre de part et d'autre, en s'excusant de ne pas avoir que du lisse, du beau lisse enviable, optimiste, à montrer. Le temps du piano comme un don, confiance retrouvée; le beau profil inconnu: avec l'âge, à l'ami s'accroche une douceur neuve, moins peut-être le besoin de se cacher?

Et moi? Qu'ai-je donné? La témérité de l'appel après des années? La sincérité, même triste? La fidélité opiniâtre? L'espoir et l'accueil? Sans doute...

...

Après celles-là, d'autres retrouvailles un peu bancales et chaleureuses, ma joie rassurée d'être pour l'instant guérie de ces maux-dites-tiques; m'agiter quelques jours, du matin au soir en cuisine: joyeuse et déterminée. Deux qui n'ont de cousins que le nom, mais dont l'esprit est frère. Touchée des délicatesses, des intérêts non feints, de l'authenticité des souvenirs, orchestrer un atelier "oeufs à la neige", trois générations confondues - curiosité, partage, transmission. Comment mieux témoigner du passé, de l'avenir, de ces actes les plus simples qui nous humanisent en plein?

...

Pour des oeufs à la neige de Grand-mère Dragonne aux pieds de plomb

Monter à la main avec un fouet en spirale 6 blancs d'oeufs - très fermes.

Mettre à chauffer dans une casserole un litre de lait, une ou deux gouses de vanille fendues, un peu de sucre au goût.

Y pocher les blancs quand le lait bout doucement, les réserver à l'écumoire dans un grand saladier, à la fin les égoutter pour ne pas laisser perdre la moindre goutte de lait.

Touiller les jaunes dans une jatte puis verser le-dit lait doucement sur les-dits jaunes, en remuant avec une cuillère en bois.

Transvaser ce mélange dans la casserole, remuer énergiquement en appuyant sur le fond avec la cuillère en bois, en retirant du feu si l'ébullition menace, jusqu'à épaississement de la crème - voilà bien l'étape la plus délicate!

Verser la crème dans une passoire doucement sur les blancs.

Mettre à fondre dans une petite casserole bien propre une dizaine de morceaux de sucre blanc, en mouillant éventuellement avec un fond d'eau. Quand le sucre est pris en caramel, et avant qu'il ne brûle, verser prestement le caramel sur les blancs, puis remettre un peu d'eau dans la casserole pour ne pas laisser perdre de caramel.

Mettre à reposer un moment, puis réserver bien au frais, sur le marbre de la desserte, à côté de la mousse au chocolat de mon souvenir - servir le lendemain.