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30/10/2009

D'émail et d'engobe

Premier cours.

On est deux, trois, on n'ose pas rentrer sans être invité. D'autres, si, alors on les suit.

Les anciens, tu vois, ils snobent un peu les nouveaux, mais ils tendent l'oreille et ils glissent l'oeil pour voir, sait-on jamais, si un visage ou la forme d'un bol leur plairait.

La prof, elle est simple; elle est à son affaire. Un peu lente, un peu vive, débordée, la pièce est si petite et les ignorances si avides. Elle se répète. On se dit, on ferait bien d'être à l'heure sinon on va croire qu'elle radote.

Terre blanche, terre chamotée. La boule compacte et sans bulles. Les pouces pour creuser, les autres doigts pour tourner autour sans tour, tour de main pour sentir les épaisseurs.

Estèque. La lisse, tu vois, pour poncer l'intérieur et lui donner partout la même épaisseur. La dentelée, pour s'amuser, faire vibrer la matière.

Engobe. C'est l'émail rouge qu'on voulait, mais ce serait griller les étapes il paraît. Alors va pour l'engobe turquoise, s'il te plaît. On n'ose pas dire que les couleurs, ce n'est pas ce à quoi on s'attendait. On échaffaude des plans improbables pour se procurer le beau vert de feuille toute neuve qu'on a vue chez une qui fait des merveilles, la modeste, la silencieuse et généreuse qui vient fureter quelques fois ici, on le sait, c'est elle qui l'a dit.

On se rappelle le beau contraste des sédums sur la terre noire -la rouge aussi; le raku craquelé, velouté, désiré;  la porcelaine sans apprêts, toute simple et nue et tellement fine que le soleil la traversait comme dentelle; on range tout ce méli-mélo de mémoire soigneusement quelque part par là, entre les outils tous neufs, la vieille brosse à dent et le demi-pain de terre blanche lisse qu'on s'est résigné à acquérir, en attendant. On n'arrête plus d'imaginer "ce que ça rendrait", et on reprend dans la poubelle le picot de buis échappé de la brosse à cheveux fatiguée, trop vite évacué. On se dit "il me faudrait une boîte". "Il me faudrait un carnet". "Il me faudrait telle teinte".  "Il me faudrait un avis -éclairé, ou sincère, c'est tout comme". "Il me faudrait... la patience". On voudrait tant être doué.

En attendant, on part toujours en dernier, juste avant la prof, parce qu'on n'a jamais su faire autrement, et puis ranger ce que les autres ont fui, feignant de ne pas voir, ça ne fait pas peur. Le bus ne passe qu'à et vingt, de toute façon, et il fait froid dehors.

Le rythme bousculé du cours trop plein est aussi celui du four qui cuit à tour de bras. A peine achevé le premier bol-exercice que déjà cuit, recuit, rapporté comme une preuve, exhibé avec la fierté de l'enfant qui trace pour la dixième fois de son existence, son prénom, même si c'est de droite à gauche, parce qu'il ne s'est pas trompé, juste le N qui est inversé mais ça ne compte pas, puisque dans un miroir il serait à l'endroit.

PICT8415.JPG
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crédit photos: Akä
terre blanche chamotée modelée dans la masse - motifs à l'éstèque dentelée - engobe turquoise - émail transparent


Commentaires

Bon alors si tu grilles le rouge à l'étape c'est que tu vas trop vite si j'ai bien tout suivi, en plus c'est vrai que c'est la couleur la plus difficile à obtenir en cuisson. La fierté du potier, c'est le plus vibrant de tous, celui que l'on nomme sang de boeuf.

Écrit par : rose chiffon | 30/10/2009

Je le trouve plutôt bien! J'aimerais bien avoir un cours à côté de chez moi...

Écrit par : loula | 31/10/2009

Qu'il est beauuuuu... sincèrement !

Écrit par : Lady Isa | 01/11/2009

Mais dis-donc ! il est beau ce bol ! tout en délicatesse ..j' aime l' opposition du bleu délicat et du rugueux de l' extérieur ...
BRAVO !

Écrit par : Suzannepeint | 03/11/2009

Est-ce que ce bleu là aussi portera un nom, comme les yeux de galant homme ? (je ne vois toujours pas le nom sur poupre.com d'ailleurs... !? Yeux couleur de Vénéon, si si, j'ai remonté ton blog pour le retrouver ;-) )
C'est une magnifique couleur, bleu des torrents glacés de haute montagne... indéfinissable, comme toutes les couleurs qui apparaissent après la cuisson au four. Veinarde, j'ai toujours rêvé de faire ça, les mains dans la terre, mais je ne m'en donne pas les moyens.

Écrit par : Minie | 03/11/2009

Et bien pour un premier cours ... bravo j aime sa simplicite et cette couleur est vraiment jolie.
Pour repondre aussi a votre message (n ayant pas trouve votre adresse mail ... il me faut certainement des lunettes :)
En réponse a la question sur la feuille imprimée sur du lin.
Et bien c est tres simple j ai utilisé une peinture textile style setacolor et j ai utilise ma feuille comme un tampon ... délicatement bien sur ... peintre la feuille ... poser le tissu ... presser et voila ....oter doucement la feuille.
Bon continuation

Écrit par : lila rose | 04/11/2009

Ah bon ? Tu aurais préféré l'émail rouge ? Pourquoi ne suis-je pas étonnée ? Perso j'adore ce turquoise si doux, comme l'aube d'un nouveau jour. Et surtout, j'aime ces phrases que tu façonnes si bien pour partager tes émerveillements.

Écrit par : ciorane la pauvresse | 06/11/2009

Le charme du raku… moi je fonds systématiquement.

Écrit par : nata | 14/11/2009

Les commentaires sont fermés.