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02/05/2008

remède inattendu à une grippe de cheval

S'en douterait-on?

Enrhumée, je n'ai qu'un objectif, unique garant de ma survie face aux manifestations assommantes de mes fonctions immunitaires.

Ce graal est le suivant: il s'agit pour moi de trouver le moyen de n'abandonner le creux de l'oreiller, la tièdeur de la couette, que pour m'alanguir sur le divan, douillettement enveloppée d'un plaid. La bruine trouve généralement de bon ton de s'inviter, ininterrompue, luisante sur les toits de mon quartier. Le grog peut agrémenter considérablement mon état larvaire tandis qu'une profusion de grands mouchoirs en tissu vient pallier aux velléités indomptables de mes sinus à jouer les Manon des sources.

Mais venons-en à l'élément central du tableau, celui sans lequel le potentiel de volupté fiévreuse d'une à deux journées entières se réduit à une succession de longues heures de somnolence moites et inconfortables qui ne me laissent respirer qu'avec peine et me privent du goût du bouillon d'oignons...

Cette nuance toute fondamentale, c'est le roman qui m'attire l'oeil sur le rayonnage, celui que je n'ai, ô suprême joie, aucune raison de lâcher avant la dernière page, celui qu'aucune réticence de mon SurMoi ne me dissuade d'extraire de la bibliothèque, celui que mon état embrumé laisse passer en deça de la vigilance de cette instance persécutrice à force de raisonnable.

Une fois que tout mon petit monde intérieur a constaté que décidément, non, ma partie conceptuelle ne comprendrait rien d'un essai théorique bien qu'il s'avère indispensable à la validation prochaine de mon diplôme, à moi la liberté! Ainsi je rattrappe d'une seule traite, à longues oeillades avides, l'interminable période de privations de romans que je dois admettre auto-infigée. 

Mon dernier accès de fièvre remonte à une dizaine de jours seulement. Ma main guidée par l'instinct, une certaine nostalgie pour les dictées de ma prof de français de troisième, nostalgie bruissante depuis des mois, ravivée d'autant par l'héritage d'un petit trésor de ma grand-mère-lotus (ou "des merveilles de sa bibliothèque")...

Cette main non-avertie a comblé mes deux jours de paresse autorisée.

Ainsi, sans savoir réellement à quel plaisir je m'exposais,  j'ai ouvert un gros volume relié d'indigo, à lettres d'or frappées sur la tranche:

COLETTE

Claudine à l'école

Claudine à Paris

Claudine en ménage

Claudine s'en va

 

J'ai dévoré l'intégralité du recueil en moins de 48 heures... Certes, on sent les visées commercialement voyeuses de Willy, mais le talent d'écriture de Colette est renversant, sa sensibilité aux êtres me touche profondément, plus d'un siècle après, et je me sens terriblement liée à elle pour son goût  charnel, immodéré, presque mystique, pour ce que l'on nomme platement "la nature" ou pire, "la campagne".

Prise au piège, je suis habitée depuis par l'envie de lire un à un tous ses écrits, dans l'ordre de publication... 

Un petit extrait à savourer:

    "La maison était grande, coiffée d'un grenier haut. La pente raide de la rue obligeait les écuries et les remises, les poulaillers, la buanderie, la laiterie, à se blottir en contre-bas, tout autour d'une cour fermée.

    Accoudée au mur du jardin, je pouvais gratter du doigt le toit du poulailler. Le Jardin-du-Haut commandait un Jardin-du-Bas, potager resserré et chaud, consacré à l'aubergine et au piment, où l'odeur du feuillage de la tomate se mêlait, en juillet, au parfum de l'abricot mûri sur espaliers. Dans le Jardin-du-Haut, deux sapins jumeaux, un noyer dont l'ombre intolérante tuait les fleurs, des roses, des gazons négligés, une tonnelle disloquée... Une forte grille de clôture, au fond, en bordure de la rue des Vignes, eût dû défendre les deux jardins; mais je n'ai jamais connu cette grille que tordue, arrachée au ciment de son mur, emportée et brandie en l'air par les bras invincibles d'une glycine centenaire..."

La maison de Claudine,p.9-10, Colette, Le livre moderne illustré (le prix est imprimé sur le bas de la couverture: Deux francs cinquante!) 

 Ce volume-ci me reste à lire, ce sont les deux premiers paragraphes, cette perspective me met en joie...

 

 

 

 

984180798.jpg

 photo empruntée ici, je la trouve magnifique...

Commentaires

Ah! je te rejoins ! j' aime cette écriture sensuelle et trés terrienne . On pense à Giono aussi , que tu aimes .
Je crois que rien n' est plus fort et équilibrant que cette communion avec la nature . On s' y sent toujours heureux !

Écrit par : Suzannepeint | 02/05/2008

Mmmhh, tu donnes envie de se (re)plonger dans l'écriture de Colette.

Écrit par : Claire jane | 04/05/2008

J'ai lu ta chronique embrumée de "voluptée fiévreuse"... J'y pense et puis j'oublie... Puis au détour d'une petite boutique de livres d'occasion, tiens donc, "La maison de Claudine" de Colette. Petit, jauni, il sent la "poussière de livre". Je l'ai avalé tout d'un coup, comme ça, sans mâcher, tellement s'était tout doux. Du coup, il s'est transformé en cadeau de fête des mères hier (ma maman qui s'appelle Colette d'ailleurs). Me voilà donc maintenant, chinant vaillamment les autres titres...mais en "jaunis qui sentent la poussière de livre" s'il-vous-plait.

Écrit par : rouilla | 26/05/2008

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