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31/12/2007

Mon Compostelle païen

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C'était il y a six mois, dans une clairière que j'affectionne, au point qu'elle est devenue lieu de pélerinage... On n'y accède pas sans persévérance, ni sans foi peut-être. Après avoir bifurqué, tournicoté pour traverser deux hameaux plus minuscules l'un que l'autre, on s'engage hésitant dans un chemin de terre. Un bois le borde à babord, des haies de ronciers, maillés de chèvrefeuille, le séparent à tribord de vastes champs de maïs qui caressent le ciel. On avance encore. Une bifurcation mystérieuse qu'on laisse sur notre droite, avec les étendues domestiques des champs; le lit du chemin s'empierre et commence à descendre, courbe, vers le gué d'un ruisseau qui le zèbre souvent de ses alluvions brunes et grasses. Le bois se referme, touffu, jeune encore, humide et bruissant. Il faut parfois sauter de roche affleurante en touffe de pâturin pour ne pas s'embourber. Aussitôt le chemin remonte et le coeur se met à cogner, imperceptiblement. Serons-nous seuls, ou devrons-nous partager ce hâvre que nous nous sommes secrètement attribué, d'ailleurs nous comptons bien nous installer, exhiber notre pleine et entière possession, plaid, panier pique-nique et bouquins sous le bras... Le terrain remonte, le chemin butte sur un autre champ, sarrasin cette fois. Voici le sentier, qui dévalle sur notre droite et révèle la clairière déserte, habitée pourtant du bruissement des feuilles, du glissement de l'eau sur les pierres du ruisseau, du discours des oiseaux et du petit vacarme étouffé des bêtes secrètes. Soulagement. Elle est intacte, et elle n'est rien qu'à nous, malgré les années qui nous séparent de notre dernière visite. Tour du propriétaire. Les menhirs, deux géants dressés, un autre alangui au bord de l'eau. Le chaos de roches moussues, tressé de racines et de graminées, les lucifers crocosmia, leur délicatesse orange qui éclaire l'endroit, et puis les taches de soleil qui éclaboussent le sous-bois clairsemé, le vert lumineux des feuilles éclairées du dessus, la fraîcheur humide et les senteurs de terre. Moi, accroupie au bord de l'eau, contemplative, un rayon de soleil me dégringole sur la main, chaud et doux. Et soudain, elle se pose, inattendue et frémissante, et elle s'agrippe de toute la force de ses pattes à ma peau tiède, je la sens qui palpite et le vertige me vient d'avoir été choisie par une telle splendeur, ainsi qu'une baie abritée, qu'un répis dans les remous frisquets de l'air. Je la contemple à loisir, le nez comme collé à une vitre, ébahie devant ces teintes inouïes, ces textures de riches étoffes, ces reflets de métaux précieux... Trois photos, vite, vite, par trois fois elle s'envole et revient aussitôt se poser, puis soudain, elle s'élance et pirouette autour de nous, s'éloigne, revigorée. J'ai encore sur la peau son poids ténu, la sensation rugueuse de son contact, et tant de temps après, au plus froid de l'hiver, j'ai encore au coeur la chaleur de cette rencontre.
Ensuite, dans l'après-midi éclatante, nous avions rendez-vous, tout près, à la Po(é)terie, pour deux heures qui se sont allègrement transmutées en trois plus deux sans nous voir faiblir, sous la coupe accueillante et généreuse d'Ariane et Cléa. Cela faisait deux longues années que j'attendais de renouer le contact avec la terre, mais je ne voyais plus que la fée de la clairière, alors j'ai choisi un carreau et les pinceaux, et je me suis régalée de verts, de bleus, de finesse et de patience... C'est moins beau que l'inspiratrice, et pour les contours j'ai copié un modèle faute de temps, mais je suis fière quand même de ma première expérience d'émaillage... qui a singulièrement ressemblé à une séance d'aquarelle! La fleur dont je suis le plus fière est celle qui est tout en haut, pour sa transparence et le fondu des nuances.
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Commentaires

Fée-minine. Le secret bien gardé.

Écrit par : Taupe | 29/01/2008

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